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Élite économique et capitalisme mondial

samedi 25 février 2017, par Louis Possoz

L’économie mondiale est-elle dominée par une poignée de sociétés transnationales, elles-mêmes contrôlées par une poignée d’actionnaires ?

Réalité ou phantasme ? Une étude universitaire suisse, menée par Vitali, Glattfelder et Battiston et parue dans PLoS one en 2011, analyse pour la première fois les interrelations des géants mondiaux de l’économie [1]. Le cadre général de cette étude tient en 3 points.

  • Chaque grande société transnationale est située entre une pyramide de filiales par en-dessous et des actionnaires par au-dessus.
  • Trois hypothèses sont envisageables sur les relations entre les sociétés transnationales : (1) les sociétés transnationales sont indépendantes les unes des autres, (2) elles se regroupent en un certain nombre d’amas ou (3) elles sont toutes interdépendantes, dans un ensemble global.
  • Les réponses sont essentielles pour l’économie politique, en terme de marché (libre concurrence) et de résilience économique (too big to fail).

L’étude a porté sur les 43 060 transnationales identifiées sur base de la définition de l’OCDE. Elle relève que 95 % d’entre elles sont fortement interconnectées et forment un unique super-réseau. Les raisons de ces relations étroites sont diverses, défense contre les prédateurs, minimisation des coûts, partage des risques ou accroissement du pouvoir d’influence. Il en découle que l’axiome de concurrence parfaite n’est qu’une curiosité théorique.

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Contrôle des Transnationales
Zoom sur certaines Transnationales majeures du secteur financier

L’étude s’intéresse aussi aux actionnaires qui contrôlent ce super-réseau. Elle montre que 737 gros actionnaires contrôlent 80 % du réseau des transnationales (pondéré en fonction de leurs valeurs économiques). Plus précisément, environ 4/10 du contrôle sur les transnationales est détenu par 147 d’entre elles, formant le cœur du réseau. Ce contrôle s’exerce au travers d’un réseau complexe de relations de propriété. Fait notable, le cœur du réseau possède un contrôle quasi total sur lui-même. De plus, il est composé au 3/4 d’intermédiaires financiers.

Cette forte intrication financière et économique au travers des liens de propriété a pour conséquences probables :

  • De rendre le système financier mondial (et par voie de conséquence le système économique mondial) particulièrement sujet aux risques systémiques : « Dans les temps difficiles, les entreprises entrent en détresse simultanément » ;
  • D’entraîner la formation de "blocs" à même d’entraver la concurrence sur le marché (monopoles ou oligopoles).

Preuve de l’intérêt du sujet, cette étude est abondamment citée dans des études ultérieures.

Avec Colin Crouch, on peut s’interroger sur l’identité réelle des décideurs qui organisent de la vie matérielle de l’humanité.


Voir en ligne : PLOS one — The Network of Global Corporate Control


[1Vitali, S., Glattfelder, J. B., & Battiston, S. (2011). The network of global corporate control. PloS one, 6(10), e25995.

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