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Consommation des ménages

samedi 21 janvier 2017, par Louis Possoz

Bien des discussions sur la transition voient pointer l’argument d’une économie du futur, celle qui concilierait la croissance économique et la préservation du milieu de vie (i.e. de l’environnement). Pour palier aux inconvénients et impacts négatifs de la production industrielle sur la biosphère, les propositions de réforme de la machinerie productive sont nombreuses et variées : économie circulaire, économie de services, économie de la fonctionnalité, économie immatérielle, économie du savoir, économie du partage, etc.

Cependant, toute discussion sur une transition qui s’appuierait sur une modification importante des modes de vie et de consommation devrait jeter un regard attentif sur les statistiques de consommation des ménages. En effet, tout rêve d’une consommation vertueuse, une consommation qui impacterait beaucoup moins l’environnement, devrait examiner la consommation actuelle et ses tendances pour évaluer en pratique la marge et l’ampleur de l’évolution nécessaire dans la consommation des ménages.

Ces statistiques regorgent d’enseignements particulièrement éclairants. Elles permettent de proposer des réponses aux questions :

  • Avec le progrès, la consommation des ménage devient-elle moins matérielle ?
  • Quelles sont les consommations qui augmentent plus (biens supérieurs) vite que les revenus ?

L’élaboration de ces statistiques exige une méthode détaillée, devenue progressivement commune à tous les États de l’Union Européenne.

 Détail de la consommation

Le tableau qui suit présente une décomposition complète du PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. français, du point de vue de la demande et ramené à un individu. Bien entendu, l’individu moyen est une abstraction et chaque cas particulier peut s’en écarter plus ou moins nettement. Si on s’intéresse à la consommation d’un ménage, il faudra multiplier les chiffres du tableau par la taille du ménage, par exemple par trois pour un ménage de trois personnes. La prudence est cependant de rigueur, un enfant n’a certainement pas le même niveau de consommation qu’un adulte et, dans la réalité, il y a aussi des riches et des pauvres.

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Les deux colonnes de droite détaillent les dépenses effectives pour la consommation moyenne d’une personne, en euros par an. On note que c’est le logement qui représente le plus gros poste et, dans celui-ci, les loyers représentent les trois quart. Les transports et l’alimentation sont les deuxième et troisième postes de dépenses, suivis par les loisirs.

Les loyers imputés méritent une petite explication complémentaire. Les logements sont considérés comme du capital fixe et, lorsqu’ils sont occupés, procurent un revenu. Si un propriétaire occupe son propre logement on lui imputera un loyer fictif, équivalent à celui du marché locatif et, pour conserver l’égalité de la consommation et des revenus dans la comptabilité nationale, on lui ajoutera également un revenu fictif du même montant. Il s’est en quelque sorte fourni un service à lui-même.

Au-delà des dépenses directement effectuées par les ménages, une autre partie de la consommation effective des ménages est indirecte. En effet, ils bénéficient personnellement de dépenses effectuées par les administrations publiques (APU) et par les institution sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Ils sont les destinataires directs de ces dépenses (en bas à gauche du tableau) qui concernent avant tout la santé, l’enseignement et l’action sociale. Ces dépenses sont financées au moyen des impôts, des cotisations sociales et des taxes (dont la TVA).

On arrive alors au sommet de la pyramide de décomposition du PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. du point de vue de la demande (en haut à gauche). À la consommation effective des ménages, qu’ils la paient eux-mêmes ou qu’elle soit supportée par les APU et ISBLM, s’ajoutent (1) la consommation collective des administrations publiques (les dépenses de lÉtat) ainsi que (2) les dépenses pour la formation du capital fixe (l’épargne privée et publique).

La consommation collective des administrations publiques étant, comme son nom l’indique, collective, elle ne bénéficie pas directement à tel ou tel ménage mais bien à la collectivité dans son ensemble. On y retrouve principalement les dépenses en matière de :

  • services généraux des administrations publiques,
  • défense,
  • ordre et sécurité publics,
  • affaires économiques,
  • protection de l’environnement,
  • logements et équipements collectifs,
  • loisirs, culture et culte (pour leur partie collective).

La formation brute de capital fixe comprend les constructions de logements et tous les investissements en bien durables de l’État et des entreprises, investissements boursiers et financiers exclus. Cette formation brute de capital fixe est financée par l’épargne des ménages ainsi que par les entreprises et par l’État.

 Évolution de la consommation

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50 ans de consommation en France

L’INSEE a publié une fort intéressante étude sur la consommation des ménages depuis cinquante ans. On y relève par exemple (p. 29) que si le total du budget de consommation des ménages a été multiplié par 2,5 en 50 ans, celui des services pour la communication (téléphonie, Internet) a été multiplié par 8,1 dans le même temps. Bien entendu, ces services sont éminemment "matériels". Beaucoup d’équipements et d’énergie contre bien peu d’emploi. Il s’agit là d’une tendance très générale.

L’exemple est limpide, la forte augmentation des services pour la communication, classée dans la rubrique "services" par la statisticiens, s’appuie sur une forte augmentation de la consommation physique (équipements et électricité). Le concept statistique de "service" cache la plupart du temps une quantité importante de "biens". On vérifie donc, une fois de plus, que le sentiment commun du caractère largement immatériel des services, par opposition aux biens, est complètement erroné !

Pourtant, la communication politique (et économique ?) continue à appuyer sa thèse qu’une dématérialisation de l’économie serait en cours sur ce genre de phrase tirée du même rapport (p. 15) :

Ce déplacement relatif de la consommation depuis les postes d’alimentation et d’habillement vers d’autres postes recouvre un phénomène plus massif encore : les services qui représentaient 30 % des dépenses de consommation en 1960, dépassent 50 % depuis le milieu des années 2000.

 Complexité et rigidité

Il faut aussi souligner l’extrême complexité de l’organisation matérielle d’une société contemporaine. La consommation des ménages s’appuie sur un grand nombre de réseaux par lesquels transitent les biens de consommation. Ainsi, la vie n’est plus concevable sans le réseau routier et autoroutier, sans celui des chemins-de-fer, celui de distribution d’eau et celui du gaz. Sans la pyramide des réseaux électriques. Sans les réseaux de télécommunication, le réseau Internet ainsi que le réseau GPS (ou son successeur, le Galileo). Et j’en oublie certainement. Chacun de ces réseaux est doté de multiples équipements qu’il faut entretenir et renouveler régulièrement. Chacun de ces réseaux consomme de l’énergie, souvent en quantité très importante. À titre d’exemple, la moitié environ du montant d’une facture d’électricité concerne les réseaux (équipements et consommation d’énergie pour le transport et la distribution de l’électricité), l’autre moitié concernant la production d’électricité (équipements et consommation d’énergie de la centrale électrique).

Les nombreux réseaux dont les ménages ne sauraient plus se passer ne peuvent qu’évoluer très lentement. Il faut des décennies pour installer ou modifier ces équipements, sans parler des multiples habitudes qu’ils ont peu à peu installées. Il ne faut donc pas s’attendre à une évolution rapide de la structure de la consommation (et donc de l’économie), même si les comportements de consommation venaient à évoluer assez rapidement.

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