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Couplage économie - énergie

vendredi 9 septembre 2016, par Louis Possoz

Toute activité économique dépend de l’énergie. Elle constitue son moteur principal et irremplaçable. Croissance de l’économie et croissance de la consommation d’énergie ont toujours été de pair. Pour pouvoir "relancer" l’économie, et par là augmenter la consommation et les revenus, il faut disposer de plus d’énergie. Dit autrement, moins d’énergie entraîne moins d’activité économique. Et si, comme cela semble bien être le cas, la production mondiale d’énergie ne parvient plus à croître significativement – et elle est même probablement amenée à décroître – l’économie s’en ressentira forcément. Les pays développés seront en première ligne, obligés de modérer leur consommation en raison de la volonté de croissance des pays en développement dont le niveau de consommation (et de revenus) reste bien inférieur.

Le couplage entre consommation d’énergie et activité économique (mesurée par le PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. ) constitue un élément essentiel pour l’appréciation des politiques économiques et sociales futures. En effet, il permettra de faire la distinction entre celles qui seront matériellement possibles et celles qui resteront du domaine incantatoire. Et l’on doit malheureusement constater que les idées qui font actuellement flores sur la scène politique et dans les médias appartiennent plutôt à la seconde catégorie.

L’antonyme du couplage, le découplage, est un mot utilisé dans bien des débats politiques et environnementaux. Il peut s’agir d’un découplage relatif ou d’un découplage absolu. Le découplage est relatif lorsque la croissance de la consommation d’énergie est moins forte que celle de l’économie. Par exemple, une croissance de l’économie de 3 % avec une croissance de la consommation d’énergie de seulement 2 %. Plus optimiste est le découplage absolu, qui permettrait de faire croître l’économie tout en faisant décroître la consommation d’énergie. Le rêve !

Dans certains cénacles, le découplage (absolu) est présenté comme une véritable voie de progrès qui permettrait, en théorie, de continuer à bénéficier des bienfaits de la croissance sans en subir les inconvénients. Cependant cette recette, totalement magique, ne résiste pas longtemps ni à l’analyse physique ni à l’analyse historique.

 Couplage physique

D’un point de vue économique, produire, c’est transformer certains produits, trouvés dans la nature ou acquis sur le marché, pour fabriquer d’autres produits, de plus grande valeur. Par cette transformation, ils acquièrent une valeur ajoutée. Il n’y a aucune production sans transformation. [1]

L’énergie est la grandeur physique qui correspond aux changements d’état de la matière, c’est-à-dire aux transformations. Pour fondre, scier, couper, plier, combiner chimiquement, soulever ou accélérer, il faut mettre en œuvre de l’énergie. Sans énergie, la matière reste inerte, elle ne saurait se modifier, se transformer. L’importance de la transformation est exactement égale à la quantité d’énergie mise en jeu, du moins lorsque la transformation a été parfaitement efficace. Il est d’usage de dénommer énergie grise cette énergie de transformation parfaite qui se retrouve en quelque sorte contenue dans le produit après la transformation.

Á l’efficacité de transformation près, c’est bien l’énergie utilisée qui fait la valeur ajoutée. Bien entendu, le capital et le travail sont des facteurs de production essentiels. Pour mettre de l’énergie en œuvre, il faut généralement des machines et un organisateur de la mise en place et du contrôle de la production. Sans machines, les possibilités de production resteraient beaucoup plus faibles et plus lentes. La machine à vapeur de Watt a été un exemple tout-à-fait majeur de ce rôle joué par les machines pour le progrès et la croissance économique. Elle a provoqué une explosion de l’activité productive en Angleterre mais a aussi fait exploser la consommation de charbon. En un mot, comme relevé par l’ensemble des théories économiques, le progrès a sans cesse permis d’imaginer de nouveaux outils en vue de mettre en œuvre des quantités croissantes d’énergie afin de produire des quantités croissantes de valeur ajoutée et donc de PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. .

Ainsi, même si la question des progrès d’efficacité énergétique encore possibles doit encore être examinée de manière très détaillée, on peut déjà s’attendre à ce que l’observation des faits confirme peu ou prou la théorie.

 Couplage historique

PIB mondial versus consommation mondiale d’énergie
Sources : World Bank (PIB) ; British Petroleum (Énergie)

Le couplage entre économie et énergie apparaît clairement lorsque l’on examine les chiffres des 50 dernières années. L’analyse des données historiques montre que le couplage entre l’économie (le PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. ) et l’énergie (la consommation d’énergie) est très solide et que les deux croissances vont de pair. Le graphique présenté illustre l’évolution, depuis 1965 jusqu’à 2015, du lien entre le PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. mondial et la consommation mondiale d’énergie. Les droites qui passent par l’origine présentent un rapport PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. /énergie constant et donc une efficacité énergétique de l’économie constante (pour les matheux, l’efficacité énergétique est la tangente trigonométrique de l’angle que forme cette droite avec l’horizontale). Lorsque la droite est plus inclinée, l’efficacité énergétique de l’économie est plus élevée.

En observant le graphique en détail on peut repérer des périodes de léger découplage relatif. À partir des années 80’, les hausses des prix du pétrole dénommées chocs pétroliers ont entraîné un effort technique important pour améliorer l’efficacité énergétique des grands processus industriels : production d’électricité, sidérurgie, industries cimentières, etc.. Après l’effondrement de l’Union Soviétique, durant les années 90’, la disparition ou la mise à niveau d’industries énergétiquement peu efficaces dans l’ensemble de l’ex bloc soviétique a entraîné une nouvelle vague d’améliorations de l’efficacité énergétique. Mais il s’est alors agit d’un rattrapage technologique, d’une mise à niveau des outils de production dans cette région du monde.

Aujourd’hui, à cause de la mondialisation et de la concentration des industries entre les mains de quelques grands groupes, on peut estimer, en première approximation, que les outils industriels sont relativement homogènes de par le monde et correspondent à la meilleure efficacité économique. Lorsqu’il n’en est pas ainsi, les unités de production considérées comme techniquement obsolètes sont tout simplement fermées et les ouvriers souvent licenciés. Le graphique indique clairement aussi que, de 2000 à 2015, le couplage PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. -énergie a été parfait, les points annuels sont disposés le long de la droite d’efficacité énergétique constante, aucun gain d’efficacité énergétique n’a plus été enregistré. Ce constat est tout-à-fait en ligne avec l’analyse technique des grands processus industriels de production, dont l’efficacité énergétique approche aujourd’hui les limites physiques. Et pourtant, que de budgets ont été consacrés à la recherche dans ces matières depuis la signature du protocole de Kyoto (1997), tant par les gouvernements que par les entreprises. Tout cet argent a-t-il été dépensé à bon escient ?

Un découplage futur qui ne soit pas anecdotique étant fort peu probable, c’est dans ce contexte de lien robuste entre énergie et économie que toute réflexion économique ou politique devrait être menée. On peut même penser que l’effet des légers gains futurs d’efficacité seront plus qu’annihilés par les pertes d’efficacité prévisibles dans le domaine de l’extraction des ressources énergétiques à partir de la nature. En effet, en parfait accord avec le principe des rendements décroissants de l’économie classique, les sources d’énergies les plus aisées ont été utilisées en priorité, depuis bien longtemps. Le temps du pétrole qui jaillit spontanément du sous-sol est révolu. Aujourd’hui il faut aller le chercher dans des conditions toujours plus difficiles et plus risquées. Ce que les spécialistes appellent le retour d’énergie sur l’investissement d’énergie décroît constamment. Il faut consommer de plus en plus d’énergie pour extraire l’énergie de la nature. Le constat vaut bien sûr pour toutes les formes d’énergie, on commence par utiliser ce qui est le plus facile, ce qui coûte le moins cher, c’est-à-dire ce qui consomme le moins d’énergie.

 Implications

Cette correspondance assez solide implique que pour assurer un certain niveau de PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. , c’est-à-dire un certain niveau de production, de consommation ou de revenus, car les 3 s’équivalent, il faut donc une quantité d’énergie relativement bien définie.
En dollars constants 2005, ce rapport peut être calculé pour différentes unités d’énergie :

  • 107 $ / GJ
  • 4.491 $ / tonne d’équivalent pétrole
  • 629 $ / baril

Chaque baril de pétrole permet donc de produire 629$ de biens ou, dit autrement, d’assurer 629$ de revenus. Le prix du baril de pétrole est donc contraint par cette relation, il ne saurait trop s’approcher du revenu qu’il permet d’obtenir. On retrouve ici le concept d’EROEI (taux de retour énergétique) des géologues.

On tient peut-être ici une explication, au moins partielle, de l’évolution du prix du pétrole. Lorsque celui-ci devient trop élevé par rapport aux revenus qu’il permet d’obtenir, une partie de la demande s’efface et le prix finit par retomber. L’expérience des crises économiques à la suite d’un baril nettement au-delà de 100$ (à $ constants) semble indiquer que le prix du pétrole ne peut pas durablement représenter plus de 20% des revenus qu’il permet d’obtenir. Cela correspond à un taux de retour de 5. Intéressant !

 Conclusion

L’enseignement à tirer de ce couplage très solide entre énergie et économie est assez simple même s’il peut apparaître parfois comme choquant à tout qui est peu familier avec la physique et les techniques de l’énergie. Pour avoir plus d’économie (une croissance du PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. ), il faut plus d’énergie. Et, puisque la disponibilité mondiale d’énergie a atteint aujourd’hui un maximum qui ne sera pas sérieusement dépassé, il faut s’attendre à une stagnation globale de la consommation d’énergie et donc du PIB PIB Indicateur premier de (presque) toutes les politiques économiques, le Produit Intérieur Brut (PIB) représente (en terme monétaires) l’ensemble de la production, de la consommation ou des revenus, selon le point de vue adopté. mondial. De plus, comme on peut penser que des pays émergents vont continuer à utiliser leurs avantages comparatifs pour s’assurer une certaine croissance, il faut s’attendre à ce que les pays développés connaissent une décroissance prolongée.

Faut-il alors être pessimiste ? Pas du tout ! Un nouveau monde reste tout à fait envisageable dans un contexte de décroissance économique globale, jusqu’à un niveau naturellement soutenable, sans plus dépendre des combustibles fossiles. Un monde différent mais dans lequel l’être humain pourrait être tout aussi heureux qu’aujourd’hui ! Et même encore plus heureux lorsqu’il sera déchargé de l’angoisse permanente des menaces environnementales et climatiques.


[1Un transport de marchandises est aussi une transformation qui consomme de l’énergie.

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